La Guinguette

On avait rendez-vous à partir de 19:30 à la Guinguette aussi on allait sans se presser, d’autant que le brouillard limitait notre champ de vision sur la petite route sinueuse et recouverte de feuilles mortes rouges et brunes au dessus de la Croisette. Après un virage à droite c’est une longue ligne rectiligne en pente descendante puis la forêt s’ouvre sur une clairière alors que la brume disparaît. Quelques autos stationnent face à l’entrée, un car de tourisme manœuvre sur le parking, je gare l’auto juste à côté de l’issue de secours, sur le bord de la route, prête à repartir. On est les premiers ! Le patronlaguinguette02 nous accueille puis les touristes descendu du car traversent le hall d’entrée et se dirigent comme un seul homme vers les deux tables réservées qui les attendent. Roger apparaît ensuite, traverse le même hall d’un pas nerveux, rapide. Il n’a pas changé je me dis, pas moyen de se gourer sur le bonhomme. Sa femme est là aussi. Ils discutent avec le patron. Je sors du vestiaire où pend mon manteau. D’autres anciens ont rejoint Roger et son épouse. Ça s’embrasse, ça se congratule. Roger a du mal à me remettre lui, il lui faut un peu de temps et mon concours pour revenir 36 ans en arrière. Il m’a vu débuter à la subdivision à Épinal. Il y a aussi cet ancien gazier qui s’étonne que je l’ai reconnu. Il y a Gérard venu de Saint-Amé, Gilbert, Catherine qui a réservé, Léon qui arrivera bien tard …
On passe à table. On refait pas le monde, juste on se rappelle. Alors des noms reviennent comme ça, et d’autres et des tu te souviens untel, j’ai revu machin dernièrement, et cette autre, qu’elle était conne ! elle est élue au Conseil-Général … Bref on refait pas le monde mais il y a du monde de refait, de rhabillé pour l’hiver. L’accordéoniste seul en scène ne lâche pas le morceau, il enchaîne passos, valses, marches et tangos et les couples lui répondent, remplissent la piste, tournent et sautillent selon les possibilités physiques de chacun. Moyenne d’age sur le parquet estimée à soixante-dix piges. Je rigole toujours en voyant, sur la droite de la scène, le panneau « entrée des artistes ET des musiciens » Sur que les musiciens sont pas toujours des artistes et qu’on a parfois envie de tirer dessus. Roger, assis en face de moi, me raconte sa dernière ascension du Ventoux, cet été. Obligé d’arrêter à quelques kilomètres du sommet tant le vent était violent. Il en fait moins de la jeanbart« petite reine » mais toujours assez pour garder la forme. J’arrive pas à croire qu’il à bientôt quatre-vingts ans ! Le voisin d’Annie c’est pareil, 80 piges et une carrière à Blénod, quasi la classe avec Roger pépère, mais lui, visiblement, il y a longtemps qu’il monte plus sur les lattes en hiver … malgré tout il monte sur les planches. Il assemble en ce moment le décor du prochain spectacle théâtral à Remiremont. C’est un ancien chouf élarm qui a astiqué le pont du Jean Bart. C’était dans un autre monde, une autre époque …
Sur la piste ça tournicote toujours autant, ou sa sautille façon Madison, en ligne, il ne leur manque parfois que les bottes et le chapeau de cow-boy. Pour les années 80, Cloclo, WMCA, Desireless, début de soirée ou nuit de folie on repassera.
C’est pas tout, on mange, on boit un coup, on danse … on va se soulager. C’est de retour des toilettes que Roger croise un gamin d’à peine vingt ans qui lui demande : M’sieur, z’auriez pas du viagra ? Roger lui avoue qu’il n’en a pas encore besoin et donc ne peut lui en fournir … Il est mort de rire quand il nous rejoint sur la piste pour nous conter l’aventure.
A minuit le car doit ramener les danseurs et danseuses à Vesoul alors la guinguette se vide. Mais avant ça, un type au visage boursouflé, un brin rougeot, vient vers nous et s’adressant à moi, demande si c’est ici la table des cheminots ? Non, je réponds, Pourquoi ? Il croyait. Je l’avise alors que, si cela peut le consoler, je suis fils et petit-fils de cheminots. Ils sont où me demande-t-il . Nulle part, ils sont morts ! Ha ! Chambord ! Et de s’en aller, déçu, rejoindre le groupe.
Plus tard dans la nuit on fera pareil avec Annie, on rejoindra nos draps, bien décidés à apprendre le Pachanga, parce que les pouces en avant, les coudes en arrières, la langue qui pend … ça va bien aux pieds des pistes mais va falloir qu’on change de registre.

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