L’amour des trois sœurs Piale

 

Une révélation, un bonheur égal à la découverte d’un nouveau continent. J’avais ça en attente, sagement rangé, silencieusement patient, stoïquement placide, impassible devant mes choix précédents, attendant son heure comme un voyageur des anciens temps resté, valise à la main, imperturbable sous la pluie fine qui miroite le quai, jusqu’au moment où la locomotive noire grondant des souffles de vapeur et les wagons qu’elle traîne à sa suite lui masquent la vue dans un tintamarre issu des portes de l’enfer bientôt suivit par un tout aussi diabolique tremblement du sol et de l’air jusqu’à ce que le monstre d’acier s’arrête sous le panneau à damier rouge et blanc, dans un bruit de ferraille infernal qu’enveloppe une odeur de charbon et de graisse. Là, devant le voyageur en attente, droit comme un I, apparaît puis descend une beauté extraordinaire. Il en descend plus d’une créature et parmi elles trois sœurs …

 

Je venais de terminer la lecture de quelques bouquins de Elena Ferrante après « Marcovaldo » de Italo Calvino (super d’ailleurs), « La reine clandestine » de Philippa Grégory et un bon polar français de Olivier Bordaçarre : « La France tranquille » pour ne citer que de ceux du mois quand le hasard me fit choisir, sur la liste des 1242 livres enregistrés dans ma liseuse « L’amour des trois sœurs Piale » de Richard Millet. Ce n’est ni le titre, ni l’auteur qui m’est inconnu qui fut à l’origine de ce choix, ni la taille ni la couverture juste le hasard. Mais aussitôt la première phrase lue, je savais. Une phrase longue comme un jour sans vin pour un alcoolo, comme la route des vacances pour un môme ou celle vers la culotte d’une fille pour un ado. Mais quand t’es arrivé au bout, t’es tout chamboulé, transporté, dépaysé. Pourtant, jusqu’ici, le genre à Marcel, la longueur de chez Proust me rebutait. Alors il y a dans cette construction une autre chose et cette autre chose s’appelle un style. Comme avec « le voyage » de Céline qui m’a retourné. Il y a un style autre. L’auteur ? Millet … connais pas alors vite Wikipédia vous en donne plus, et le blog de l’auteur, ses livres, ses quatrièmes de couv’, des articles sur le bonhomme, etc … Un style, pensai-je après lecture de cette littérature journalistique, des commentaires, des articles, un style nouveau est donc le fruit d’un drôle de type. Céline le collabo et les juifs , Millet le catho et les invasions barbares … Ben je m’en fous de ses positions et choix politiques, intellos, sociétaux et la tête à toto. La lecture est un enchantement que je ne saurais que trop vous recommander et c’est l’essentiel. C’est écrit avec autant de finesse que le travail de la dentelle, de la haute couture, de l’orfèvrerie de précision, une langue ressuscitée si lointaine des mauvais polars, des mauvaises traductions, de la littérature au poids, au kilomètre. Je ne vous ferai pas le pitch, vous irez faire connaissance avec le livre et l’auteur sur son blog.

 

L’amour des trois sœurs Piale, paru en 1997 est dispo en epub

 

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5 commentaires pour L’amour des trois sœurs Piale

  1. dany dit :

    Euh…je pense que ça me plaira…Tu me le prêteras ?? 🙂 🙂

  2. Lorane dit :

    La reine clandestine?
    C’est mal écrit comme tout, mais j’en suis friande… La guerre des deux roses… C’est nunuche mais je les ai tous lus! Même la princesse blanche, même deux sœurs pour un roi (ah les Boleyn !)… Mais je préfère les Catherine Hermary Vieille: elle refait les rois maudits chez les angliches. Super bouquins de plage…

    Tu sais quoi? Le cinquième Millenium débarque… Je ne céderai pas. Trop nul, le 4!

  3. Soizic dit :

    Quel bonheur de découvrir Richard Millet, n’est-ce pas ? Moi aussi je parle de l’écrivain, laissant de côté toutes les autres facettes de l’homme.
    Pour vraiment découvrir son style, il faut absolument lire « La gloire des Pythre ». Là, on peut dire qu’il s’agit de littérature.
    Très bonne lecture !

    • bizber dit :

      Conseil que me donna il y a peu Stéphane et que je me suis empressé de suivre, la lecture de « La gloire des Pythre » fut un véritable enchantement tant la précision des mots agissait comme le ciseau sur la pierre pour donner, à la fin, la stature des personnages, des Pythre et surtout André, l’ancien, dans sa brutalité, sa froideur et les autres à demi fous, victimes du père, du temps, du lieu, de l’indifférence ou de la différence. En cela il me fait penser à Pelot et ses récits vosgiens tout aussi brutaux.

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