L’orage menaçait, pourtant je ne pouvais pas aller plus vite que la musique du bagad de Lann-Bihoué, plus vite que la tondeuse que je guidais, dessinant sur le terrain comme des courbes de niveaux sur une carte topo. Un temps breton, chaud et humide sous un ciel gris. Je me disais ça et du coup, en bonne logique je me mis à chantonner un truc de Servat qui me passait entre les oreilles « Les p’tites parisiennes en short viendront danser la gavotte et donneront des cacahuètes aux bretons en botoù-koad ». La Bretagne, mon autre pays. Mon esprit vagabondait sur le chemin de la tondeuse songeant à mes dernières lectures, celle en cours « Jacques le fataliste et son maître ». J’avais lu ce bouquin alors que j’étais breton et jeune et con. Je l’ai relu plusieurs fois depuis. Je suis moins jeune, moins breton. Suis-je moins con ? Est-ce cette association des mots breton et con qui me fit penser que s’il ne pleuvait là-bas que sur eux justement, les cons, ici je devais accélérer vu que le ciel se zébrait d’éclairs blancs et roulait un tambour résonnant dans les sombres nuages. J’allais prendre la sauce avant de terminer ! Aussitôt après, sans raison, comme si mon cerveau poussait des portes au hasard de ses envies, des portes ouvrant sur des trucs indépendants des précédents, sans suite, sans logique comme seul il sait faire, je pensai donc, n’ayant rien de mieux à faire, derrière ma tondeuse et sous le ciel menaçant, que je n’avais encore jamais lu de polar breton, se situant en Bretagne, en pays bigoudin ou alors il y avait longtemps, ou il sentait pas bon …

Un bon bouquin, genre ceux de Bordaçarre ou « Alex » de Pierre Lemaître, avec une plume trempée dans le beaujolais nouveau de Fallet, à l’ombre de Desproges. Une aventure où se croiseraient Lochu, Goulven Kermorgan, Soize Kerambeuse de Locmaria-Plouzané, Germaine Tourrange et Pascal Zélobovitch et même ce chien qui voulait se suicider, tu te souviens Lochu ? J’y ajouterais un brun de Félix, une rue de Siam, ses hôtels sordides, une odeur de poissons pourris, une marée à Dahouët et une virée au cap Fréhel, des anars barbus, des anciens marins de la pèche, de la marchande au sévère palu de comptoir ou pire encore de la royale qui auraient fait bosco ou fusco et s’en seraient retournés sur le pavé poser un cul sur une bite en attendant que ça morde. Et puis des bistros enfumés, des verres de vins, des ballons de rouges, du bon et de l’âpre plus mauvais encore à boire qu’à vomir et des filles, des bonnes et des aigres, des rudes plus mauvaises debout que couchées, des paumés du petit matin, de la nuit ou de la vie qui sauteraient dans un taxi fissa pour pas manquer l’embarquement. Un tonnerre de Brest, sous la pluie, rappelle-toi Barbara et un air de biniou, de bagad de Lann-Bihoué, de Tregont ble zo, mais pas trop. Comment éviter Sylver sur la lande, une enfileuse de perles à Concarneau, un peintre alcoolo à Pont Aven, un barde de Brocéliande, un curé des écoles catho voyageant sur les petits bateaux des petites filles, des souffleurs de cornemuses, Robert Mortelente commandant de Police

J’ai déjà la première phrase du futur best-seller : il faisait un temps breton, les cons étaient humides.

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